Mémoire Militaire Alpine

Recherches sur le fait militaire en Savoie (1870 - 1962)

Quand l'épidémie de grippe espagnole frappait la ville d'Annecy en 1918

Affiche municipale grippe espagnole Annecy 1918
Affiche municipale annonçant les mesures contre la grippe espagnole à Annecy

Les pandémies frappent l’humanité avec une régularité déconcertante, de la peste noire apparue en Mongolie en 1320, au choléra venu de Java en 1820, sans oublier la variole décimant les Aztèques en 1520 ou la peste qui ravagea Marseille en 1720. La dernière d’entre elles, avant que le Covid-19 n’apparaisse en 2020, fut la grippe dite « espagnole » de 1918-1919. Venue probablement du Kansas (USA), elle a frappé le monde en trois grandes vagues, entre mars 1918 et mai 1919, atteignant son pic en décembre 1918. 

Ce virus, un classique H1N1 devenu très virulent à la suite d’une mutation, s’est installé dans le département de la Haute-Savoie le 29 septembre 1918. Épargnée par les combats de 14-18, la population annécienne se trouve néanmoins fragilisée par les privations, et les organismes résistent moins aux agressions microbiennes. Même si la mairie d’Annecy tente de prendre des mesures pour éviter la prolifération de l’épidémie, celle-ci progresse, notamment parmi les enfants et personnes âgées. Le froid et le surmenage favorisent sa diffusion dans les casernes et les foyers annéciens. Selon la doctoresse annécienne Éva Abramovitch, la population sous-estime cette nouvelle menace : « On ne se soigne pas assez sérieusement. On vous appelle seulement la première fois pour savoir de quoi on est atteint. On suit vos premières indications pour le traitement donné, et puis on se laisse vivre à la volonté de Dieu ! » écrit-elle au maire Joseph Blanc deux jours avant l’arrivée de l’épidémie dans le département. Le maire fait alors fermer les lieux publics placés sous sa responsabilité : écoles, lieux de culte, musée et bibliothèque municipale, dans ce dernier cas « afin d’empêcher la contamination des livres à prêter ». Mais le curé de l’église Notre-Dame proteste, du fait « que la fermeture complète de l’église était inopportune ; aucune commission médicale n’ayant prescrit […] cette mesure comme nécessaire ».

Alors que le danger semble s’éloigner, les églises peuvent rouvrir leurs portes dès le 26 octobre, mais avec des horaires limités et à condition d’observer les précautions d’hygiène nécessaires : isolement des malades, aération, désinfections, vaporisation, etc. Il faut cependant attendre le 12 novembre 1918 pour que les fermetures et autres interdictions soient définitivement levées dans la commune. Les statistiques médicales, probablement sous-estimées face à cette maladie nouvelle, comptabilisent 414 malades dans les écoles ; soixante-trois Annéciens seraient décédés au plus fort de l’épidémie en octobre 1918. Après une accalmie relative en novembre, la grippe lance un second assaut plus faible en décembre.

Sébastien Chatillon Calonne (DL du 01.04.2020)

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