Mémoire Militaire Alpine

La prise de Rumilly en 1630, un épisode cocasse des guerres franco-savoyardes

Tableau illustrant la capitulation de Rumilly
Tableau illustrant la capitulation de Rumilly

Durant l’Époque moderne, les relations diplomatiques entre les ducs de Savoie et la France sont très changeantes, voire orageuses. Coincé entre deux poids lourds de l’histoire, la France et l’Empire germanique, la Savoie tente de préserver ses intérêts au mieux en s’alliant avec l’un ou l’autre selon les circonstances politiques.

Le siège de Rumilly au XVIIe siècle constitue un épisode notable de cette lutte d’influence pour le contrôle des Alpes. En ces temps, le duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er, pourtant allié de la France et époux d’une fille de Henri IV, préfère s’allier à la catholique Autriche contre les protestants durant la Guerre de Trente ans. Richelieu convainc donc Louis XIII d’occuper la Savoie et le Piémont, ce qui déclenche une guerre de Savoie de 1629 à 1631. Alors que le roi de France arrive par Albens à la tête de 20 000 soldats, les bourgeois de Rumilly sont résolus à résister à l’abri de leurs fortifications. Ils semblent d'ailleurs insensibles au déploiement des forces françaises autour d’eux. En effet, la ville est implantée au centre de deux rivières très encaissées et protégée par deux forts. Le 23 mai 1630, alors que le maréchal de Bassompierre somme la ville de Rumilly de se rendre, elle refuse d’ouvrir ses portes. Comme ultime argument, il informe les bourgeois rumilliens que les autres cités savoyardes comme Chambéry et Annecy se sont déjà rendues. Les représentants du Conseil de ville, toujours résolus, répondent alors énergiquement : « É capoé ? » (« Et quoi d'autre ? »). Outré par tant d’insolence, Louis XIII demande alors au maréchal du Hallier d’attaquer avec application la ville récalcitrante. Les fortins avancés tombent puis les assaillants français prennent de flanc l’ouvrage protégeant l’ouest de la ville. Suite à cette manœuvre fatale, la cité tombe en trois jours à peine. Elle est toutefois sauvée du pillage et de l’incendie punitifs par l’intervention d’une religieuse bernardine, mademoiselle de Peysieu de Salagine, fort heureusement parente du maréchal du Hallier. Louis XIII accepte même que les Rumilliens défilent en armes pour « sauver l'honneur ». Toutefois, les fortifications de la ville sont complètement démantelées et son château rasé. Puis les armées françaises envahissent aussi le versant piémontais, malgré la résistance de Montmélian. Alors que le duché est ravagé par la peste et la famine, le duc Charles-Emmanuel 1er décède. La régente, son épouse Christine de France et le jeune duc Victor-Amédée, plus favorables à la France, vont aplanir les relations avec le puissant voisin français. La paix est finalement signée en 1631, grâce aux tractations de Mazarin, un jeune diplomate papal promis à un grand avenir.
La Savoie reste alors sous l'influence française durant 30 ans, avant que le fier duc Victor-Amédée II ne reprenne le conflit contre la France en s’alliant avec les ennemis du roi Louis XIV.

 

Par Sébastien Chatillon Calonne

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