Mémoire Militaire Alpine

Recherches sur le fait militaire en Savoie (1870 - 1962)

La campagne de France en 1940 dans les Pays de Savoie [2]

Le 2 juillet, la garnison de la Redoute Ruinée quitte le fort devant une section italienne qui lui rend les honneurs
Redoute ruinée

La journée du 25 juin 1940

L’armistice avec les Italiens et Allemands entre en vigueur le 25 juin à 00 h 35. Après cet horaire, l’ennemi ne doit pas tenter de progresser.

En Tarentaise, à la Redoute-Ruinée, des officiers italiens sont conviés par le lieutenant Desserteaux à déjeuner. Le 26, la princesse Marie-Josée de Savoie vient à l’hospice réconforter les blessés. Une colonne qui tente de gagner Tignes, depuis Sainte-Foy, est arrêtée par le capitaine Albouy au Villard et sommée de faire demi-tour.

En Maurienne, le 25 juin, des Italiens se présentent devant le fort de la Turra pour l’occuper. Le lieutenant Prudhon s’y oppose, permettant uniquement aux transalpins de loger dans le poste d’altitude. Aux Revets, le sous-lieutenant Cavin interdit l’utilisation de la RN 6, affirmant ouvrir le feu sur les hommes qui l’emprunteraient. Le bataillon Val Dora et des éléments du 91e RI, complètement isolés dans le Grand vallon, ignorent l’armistice. Le 25 juin, ils descendent sur le Charmaix. Ils sont informés de la nouvelle au Mélezet. Mais il a trop d’hommes souffrant de gelures pour remonter sur la frontière. La centaine de blessés est soignée puis évacuée sur des hôpitaux français. Le lendemain, les valides remontent à la pointe du Fréjus pour gagner l’Italie. A Valmeinier, des patrouilles ramassent un important butin sur le terrain : casque, équipement, armement. Une patrouille italienne se présente pour relever les morts. La conversation s’engage :
- Combien étiez-vous pour attaquer ?
- Deux bataillons, soit 2000 hommes. Et vous ? 800 ou plus ?
- Vous pouvez enlever un 0, et vous aurez le chiffre juste.
- Comment 80 ?
- Oui 80. Plutôt 83 avec les cuisiniers.
- Et bien, nos félicitations.

 

Le 2 juillet : reddition de l’ « Armée des Alpes » en Savoie

Dans les conventions d’armistice entre la France, l’Italie et l’Allemagne, il est stipulé que les troupes encerclées dans une fortification au moment du cessez-le-feu du 25 juin ne doivent pas être considérées comme prisonnières. Si l’Allemagne ne respectera pas cette close en emportant en captivité les hommes de la Ligne Maginot qui résiste toujours, il n’en n’est pas de même pour les Italiens.

En Tarentaise, la garnison de la Redoute Ruinée reçoit l’ordre d’évacuer le fort le 2 juillet, Le drapeau français est abaissé avec difficultés et plié, puis la bannière italienne est levée. Les hommes, avec le lieutenant Desserteaux en Tête, défilent devant une section transalpine qui leur rend les honneurs avant de gagner Bourg-Saint-Maurice. Les Italiens occupent la zone entre Séez et Sainte-Foy.

En Maurienne, au Mont-Cenis, le 2 juillet, l’ouvrage des Revets et le fort de la Turra sont évacués par leur garnison. Elles passent chacune devant des sections italiennes leur rendant les hommages avant de gagner la zone libre au pont du Nant. Les Italiens occupent la zone comprise entre le torrent d’Avérole, en amont de Bessan et le pont du Nant, à proximité de la redoute Marie-Thérèse avec les villages de Lanslevillard, Lanslebourg, Termignon, Sollières-Sardières et Bramans.

Dans l’avant-Pays savoyard, conformément aux conditions d’armistice, les Allemands évacuent le 10 juillet le territoire conquis au sud de la ligne de démarcation nouvellement créée.

Par Laurent Demouzon (feuilleton initialement paru dans le journal Le Dauphiné Libéré en 2020)

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