Mémoire Militaire Alpine

Recherches sur le fait militaire en Savoie (1870 - 1962)

Durant la Belle Époque, la garnison de Haute-Savoie passait l’été… à la montagne

Manœuvre d'artillerie alpine dans les Alpes en 1909
Manœuvre d'artillerie alpine dans les Alpes en 1909

Entre 1878 et 1914, chaque année, les unités d’Annecy, de Rumilly, et de Thonon-les-Bains quittent leur casernement pour effectuer des manœuvres militaires dans les hautes-vallées alpines au début de la belle saison.

En effet, le 30e régiment d’infanterie et 11e bataillon de chasseurs alpins devaient s’entrainer dans les Alpes à combattre l’Italie, à l’époque alliée de l’Allemagne et de l’Autriche. L’entrainement physique se révèle exigeant lors de ces manœuvres, surtout pour les chasseurs alpins : « Ils vont progressivement s’habituer aux fatigues plus grandes, à des chargements plus lourds, à des travaux plus pénibles, ils vont faire connaissances avec les départs nocturnes, les rudes montée, la neige, les glaciers, les crevasses, les clapiers et les couloirs de pierre » raconte un officier alpin. Par exemple, durant l’été 1889, le 11e chasseurs quitte Annecy à pied pour cantonner à Faverges. De là, il explore les Préalpes des Bornes, traverse la vallée de l’Arve par Cluses, monte dans le Giffre jusqu’à Samoëns, puis redescend dans la haute-vallée de l’Arve jusqu’à Saint-Gervais-les-Bains, avant de remonter jusqu’aux Contamines. Dans ce secteur, il affronte le 22e bataillon de chasseurs alpins d’Albertville lors des manœuvres tactiques, avant de rentrer à Annecy, toujours à pied et chargé de 30 kilos. Ces manœuvres aboutissent à une maitrise toujours plus poussée du milieu alpin : « La guerre en montagne suppose une connaissance parfaite des moindres passages de nos massifs. Une petite arête, un col même scabreux, un glacier doivent permettre à des détachements d’alpins de tourner l’ennemi, de l’attaquer par surprise » explique le sous-lieutenant Roger Allier, du 11e chasseurs.

Les troupes se font également bâtisseuses. Leur liberté de mouvement étant limitée par la zone neutralisée, la garnison haut-savoyarde se voit confier la défense de la Haute-Tarentaise, en Savoie voisine. Elle y édifie des postes d’altitude implantés au plus près de l'Italie pour mieux surveiller la frontière. Ainsi, chaque année entre 1890 et 1902, deux compagnies du 11e bataillon de chasseurs alpins sont détachées à tour de rôle dans la Vallée des Glaciers pour y édifier les postes de Séloge, des Chapieux, des Veis et de la Redoute Ruinée. Pour les rejoindre, les troupes construisent aussi des passages au milieu des rochers, si possible calqués sur les chemins traditionnels d’accès aux alpages. On sait qu’en 1890 et 1891, les trois bataillons du 30e d’infanterie sont envoyés à tour de rôle à Bourg-Saint-Maurice pour y édifier la route des forts du Truc et de la Platte, les chemins d’accès aux batteries de Vulmix, de Courbaton, des Têtes et de Leuchelet.

Mais cette absence de troupes nuit gravement à l’activité économique aux finances municipales des villes-garnisons qui percevaient l’octroi, une taxe sur la consommation. Le préposé en chef des finances d’Annecy informe sa mairie de ce manque à gagner lorsque la troupe est absente : « En raison des marches de quarante jours, des tirs de la Valbonne et des grandes manœuvres, notre ville a été presque entièrement dépourvue de troupes pendant deux mois. Les troupes constituent un facteur important de nos recettes et la perte subie de ce fait a été plus sensible ». Par contre, les troupes en manœuvres animent la vie des vallées les plus reculées, en défilant avec leur musique, en consommant sur place et en payant des indemnités de réquisitions et de logements aux civils.

Aujourd’hui, les touristes ont pris le relai pour animer l’économie des villes et campagnes haut-savoyardes, sans toujours savoir que les refuges et sentiers qu’ils utilisent ont parfois été bâtis par l’armée de la Belle époque.

Sébastien Chatillon Calonne

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